Aller au contenu
Édition française · Contacter la rédaction
Actu Monde InfosL’ACTUALITÉ DU MONDE, EXPLIQUÉE
Organisations internationales

Lutte antidrogue : un expert de l’ONU conteste le recours aux frappes en mer

Ben Saul estime que la désignation de cartels comme organisations terroristes ne suffit pas à autoriser des opérations militaires létales. Son analyse n’est pas une décision de justice.

La lutte contre le trafic de drogue ne permet pas de traiter automatiquement les cartels comme des forces engagées dans une guerre. C’est la position défendue par Ben Saul, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits humains dans la lutte antiterroriste, qui critique les frappes américaines contre des embarcations soupçonnées de transporter des stupéfiants. Son intervention relance le débat sur les limites juridiques de ces opérations.

Une critique du cadre antiterroriste

Selon le compte rendu d’ONU Info du 22 octobre, l’expert estime que les États-Unis ne peuvent invoquer la légitime défense sans attaque armée contre leur territoire. Il conteste également l’application du droit des conflits armés à ces opérations. Cette appréciation est celle d’un expert indépendant mandaté par l’ONU ; elle ne constitue pas un jugement rendu par une juridiction.

Ben Saul distingue l’objectif financier des réseaux criminels et les motivations politiques ou idéologiques généralement associées au terrorisme. Il ne nie pas l’existence de liens entre organisations. Il considère toutefois que ces liens ne suffisent pas à justifier un changement complet de cadre juridique. La qualification d’un groupe et les moyens utilisables contre lui doivent être examinés séparément.

Des inquiétudes déjà exprimées par la société civile

Le Consortium international sur les politiques des drogues et plusieurs organisations partenaires avaient alerté dès mars sur les conséquences de ce rapprochement entre lutte antidrogue et antiterrorisme. Leur contribution demandait que les politiques de sécurité restent soumises aux garanties des droits humains. Cette prise de position associative constitue un contexte du débat, distinct du rapport présenté cette semaine.

Le désaccord porte notamment sur le passage de l’interception à l’usage intentionnel de la force létale. Interpeller des suspects, saisir une cargaison et mener une opération militaire ne relèvent pas des mêmes procédures. Décrire une personne comme suspecte n’établit pas sa culpabilité et ne répond pas, à lui seul, à la question de la proportionnalité des moyens employés.

Enquêtes financières et coopération policière

Le rapporteur préconise de renforcer les enquêtes, les capacités scientifiques et la coopération contre les réseaux criminels. Son approche met aussi l’accent sur la prévention et la santé publique. Il oppose ainsi à la logique militaire une réponse portant sur le fonctionnement des trafics, leurs financements et les institutions chargées de les combattre.

Ce débat a des conséquences au-delà des opérations en mer. Un classement antiterroriste peut entraîner des gels d’avoirs, des restrictions de déplacement et des obligations pour les acteurs économiques. Le périmètre des mesures et les possibilités de recours deviennent alors essentiels. Une politique présentée comme visant un groupe peut affecter d’autres personnes si les garanties et les critères restent imprécis.

Des responsabilités qui demandent des preuves

La gravité des qualifications évoquées exige de conserver leur attribution. Un rapporteur peut demander des investigations ou estimer qu’une pratique contrevient au droit ; la responsabilité de personnes déterminées suppose d’autres procédures. Le débat ne peut donc se réduire ni à reprendre une désignation gouvernementale ni à transformer une critique d’expert en condamnation déjà prononcée.

Les autorités américaines présentent ces opérations comme un instrument de lutte contre les réseaux qu’elles qualifient de narcoterroristes. L’analyse de Ben Saul conteste précisément que cette désignation suffise à autoriser les moyens employés. La confrontation de ces positions appelle des éléments vérifiables sur chaque opération et, le cas échéant, un examen par les institutions compétentes.

Lutte antidrogue : un expert de l’ONU conteste le recours aux frappes en mer

Sources

À propos de La Rédaction

La Rédaction d’Actu Monde Infos rassemble des contributeurs basés au Bénin, en France et au Canada. Leurs domaines couvrent l’économie, l’actualité africaine, la politique, les cryptomonnaies, la religion, l’informatique, la littérature, l’histoire, la géographie et les sciences. Notre démarche repose sur la vérification des sources, la relecture et le suivi des corrections.

Tous ses articles →

À lire aussi