Somalie : près de 874 000 personnes menacées de déplacement avant la fin de l’année
Les projections humanitaires placent les inondations au premier rang des risques. Le manque de financements limite les préparatifs avant les fortes pluies.

La montée des cours d’eau et les fortes pluies pourraient contraindre près de 874 000 personnes à quitter leur domicile en Somalie entre octobre et décembre. La projection de l’Organisation internationale pour les migrations et du Conseil danois pour les réfugiés intervient dans un pays déjà éprouvé par la sécheresse et les déplacements répétés. Elle décrit un risque à anticiper, pas un total de personnes déjà déplacées.
Les inondations concentrent l’essentiel du risque
Selon les données reprises vendredi par l’Agence de presse africaine, le nombre projeté atteint 874 319 personnes, dont 92 % des déplacements seraient liés aux inondations. La saison des pluies est attendue plus abondante que la normale, dans un contexte de renforcement d’El Niño. L’exposition des populations reste toutefois différente selon les bassins et les localités.
L’avertissement a été relayé jeudi à New York par le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, rapporte Reuters via SABC. L’OIM travaille avec les autorités somaliennes pour renforcer l’alerte précoce et préparer les secours. Le but est de disposer de moyens avant que les routes, les logements et les points d’eau ne soient touchés.
Une réponse insuffisamment financée
L’agence n’a obtenu qu’environ 14 % des 16,6 millions de dollars recherchés pour préparer et répondre aux événements liés à El Niño, selon ce point onusien. Ce déficit limite la possibilité de prépositionner l’aide au moment où elle pourrait être la plus utile. Une opération préparée avant les crues et une assistance acheminée après l’isolement des localités ne se déroulent pas dans les mêmes conditions.
Les besoins dépassent l’abri d’urgence. Un départ forcé peut interrompre la scolarité, éloigner un ménage de ses revenus et compliquer l’accès aux soins. Le choix d’un lieu d’accueil doit aussi tenir compte de l’eau disponible et des services existants. Sans ces relais, une évacuation peut mettre à l’abri d’un danger immédiat tout en laissant les familles face à d’autres difficultés.
La faim accroît la vulnérabilité des ménages
L’UNICEF décrit déjà une crise alimentaire sévère en Somalie et souligne le risque d’aggravation pendant la période d’octobre à décembre. Perdre des biens ou une récolte est d’autant plus difficile à absorber qu’une famille a déjà épuisé ses réserves après plusieurs chocs. Les inondations et la sécheresse peuvent ainsi peser successivement sur les mêmes communautés.
La projection de déplacements ne doit pas être confondue avec les estimations d’insécurité alimentaire : les périmètres et les situations mesurées diffèrent, et une même personne peut appartenir aux deux groupes. Additionner ces données fabriquerait un bilan trompeur. Leur rapprochement sert plutôt à comprendre pourquoi l’alerte météorologique doit être reliée à une réponse sociale et sanitaire.
Des ménages confrontés à des chocs successifs
La perte d’un logement intervient souvent après d’autres fragilités. Une famille déjà déplacée dispose de moins de biens à emporter et de moins de réseaux d’appui sur place. Les opérations d’anticipation doivent tenir compte de ces parcours, afin que l’aide ne soit pas réservée aux personnes les plus faciles à identifier ou à atteindre.
Les prochains mois mettront à l’épreuve les dispositifs d’anticipation et les financements promis. L’enjeu immédiat est de permettre aux habitants des zones exposées de recevoir une information exploitable et de trouver une assistance avant que les conditions d’accès ne se dégradent.


